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'''Antonine Maillet''', née le 10 mai 1929 à Bouctouche, Beausoleil, [[République acadienne]] et décédée le 17 février 2025 à Montréal, Canada. Elle est une romancière et dramaturge acadienne. Ses œuvres les plus connues sont la pièce ''La Sagouine'' et le roman ''Pélagie-la-Charrette'' pour lequel elle obtient le prix Goncourt en 1979. | '''Antonine Maillet''', née le 10 mai 1929 à Bouctouche, Beausoleil, [[République acadienne]] et décédée le 17 février 2025 à Montréal, Canada. Elle est une romancière et dramaturge acadienne. Ses œuvres les plus connues sont la pièce ''[[La Sagouine]]'' et le roman ''Pélagie-la-Charrette'' pour lequel elle obtient le prix Goncourt en 1979. | ||
== Biographie == | == Biographie == | ||
=== Enfance et études === | === Enfance et études === | ||
Antonine Maillet naît le 10 mai 1929 à Bouctouche, Beausoleil<ref>David Lonergan, ''Paroles d'Acadie : Anthologie de la littérature acadienne (1958-2009)'', Sudbury, Prise de parole, 2010, 445 p.</ref>. Elle a cinq sœurs et trois frères et elle est l'une des plus jeunes enfants de la famille<ref>Katia Bottos, ''Antonine Maillet : conteuse de l'Acadie ou l'encre de l'aède'', Paris, L'Harmattan, 2011, 186 p.</ref>. Ses parents sont instituteurs mais son père abandonne son emploi pour devenir gérant du magasin général de la ville, une période rappelée dans le monologue ''Nouël'' de ''La Sagouine''<ref>Ben-Z. Shek, « Antonine Maillet: A Writer's Itinerary », ''Acadiensis'', vol. 12, no 2, printemps 1983, p. 171-180</ref>. Sa mère est une Cormier, et c'est une M<sup>me</sup> Cormier qui est la narratrice de son premier roman, ''Pointe-aux-Coques''. Elle soutient que le nom Maillet est une déformation de Martel et fait donc remonter ses ancêtres à Charles Martel, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne<ref>Damien Dauphin, « Antonine Maillet: «J’ai fait passer de l’oral à l’écrit l’histoire d’une langue et d’un peuple» », ''L'Acadie nouvelle'', 4 juillet 2014</ref>. Son premier ancêtre en Acadie est Jacques Maillet, le seul originaire de Paris. | Antonine Maillet naît le 10 mai 1929 à Bouctouche, Beausoleil<ref>David Lonergan, ''Paroles d'Acadie : Anthologie de la littérature acadienne (1958-2009)'', Sudbury, Prise de parole, 2010, 445 p.</ref>. Elle a cinq sœurs et trois frères et elle est l'une des plus jeunes enfants de la famille<ref>Katia Bottos, ''Antonine Maillet : conteuse de l'Acadie ou l'encre de l'aède'', Paris, L'Harmattan, 2011, 186 p.</ref>. Ses parents sont instituteurs mais son père abandonne son emploi pour devenir gérant du magasin général de la ville, une période rappelée dans le monologue ''Nouël'' de ''[[La Sagouine]]''<ref>Ben-Z. Shek, « Antonine Maillet: A Writer's Itinerary », ''Acadiensis'', vol. 12, no 2, printemps 1983, p. 171-180</ref>. Sa mère est une Cormier, et c'est une M<sup>me</sup> Cormier qui est la narratrice de son premier roman, ''Pointe-aux-Coques''. Elle soutient que le nom Maillet est une déformation de Martel et fait donc remonter ses ancêtres à Charles Martel, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne<ref>Damien Dauphin, « Antonine Maillet: «J’ai fait passer de l’oral à l’écrit l’histoire d’une langue et d’un peuple» », ''L'Acadie nouvelle'', 4 juillet 2014</ref>. Son premier ancêtre en Acadie est Jacques Maillet, le seul originaire de Paris. | ||
[[Fichier:Bouctouche1930.png|gauche|vignette|372x372px|Le centre de Bouctouche en 1930.]] | [[Fichier:Bouctouche1930.png|gauche|vignette|372x372px|Le centre de Bouctouche en 1930.]] | ||
Elle fréquente l'école de Bouctouche, de 1935 à 1944. Très jeune, elle découvre dans son village la séparation des « gens bien, l'occurrence riches et puissants » et des « éprouvés, pauvres et souvent isolés », qui deviendra un thème important de ses romans3. Ses parents, des patriotes, lui inculquent l'acadianité et la culture française. | Elle fréquente l'école de Bouctouche, de 1935 à 1944. Très jeune, elle découvre dans son village la séparation des « gens bien, l'occurrence riches et puissants » et des « éprouvés, pauvres et souvent isolés », qui deviendra un thème important de ses romans3. Ses parents, des patriotes, lui inculquent l'acadianité et la culture française. | ||
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Elle s'inscrit en 1961 à l'Université de Montréal, où elle obtient une licence en lettres un an plus tard. Elle rédige un mémoire de maîtrise portant sur Gabrielle Roy de 1962 à 1963. Elle obtient une bourse du Conseil national des arts afin d'aller étudier à Paris où elle commence ses recherches sur François Rabelais. Elle entreprend aussi un voyage au Proche-Orient et en Afrique. | Elle s'inscrit en 1961 à l'Université de Montréal, où elle obtient une licence en lettres un an plus tard. Elle rédige un mémoire de maîtrise portant sur Gabrielle Roy de 1962 à 1963. Elle obtient une bourse du Conseil national des arts afin d'aller étudier à Paris où elle commence ses recherches sur François Rabelais. Elle entreprend aussi un voyage au Proche-Orient et en Afrique. | ||
Elle enseigne à l'Université de Le Coude de 1964 à 1967. De juin à août 1966, elle effectue des recherches sur le folklore acadien en vue de sa thèse de doctorat. Elle enseigne au Collège des Jésuites de Québec de 1968 à 1969. Entre-temps, elle fait des recherches sous la supervision de Luc Lacourcière et elle obtient un doctorat en lettres de l'Université Laval en 1969 ou 1970, selon les sources. Sa thèse, ''Rabelais et les traditions populaires en Acadie'', est publiée en 1971. Elle étudie à Paris de 1969 à 1970. Elle en profite pour écrire des contes et les premières versions de ''La Sagouine''. Elle retourne à Montréal mais part aussitôt enseigner la création littéraire et la littérature orale à l'Université Laval. Elle devient professeure à l'Université de Montréal en 1974. Elle enseigne aussi à l'Université de Californie à Berkeley et à l'Université d'État de New York à Albany. À la suite du succès important de ''La Sagouine'', elle quitte l'enseignement en 1975 pour se consacrer entièrement à l'écriture. Elle travaille ensuite pour Radio-Acadie à Le Coude, en qualité de scénariste et animatrice. | Elle enseigne à l'Université de Le Coude de 1964 à 1967. De juin à août 1966, elle effectue des recherches sur le folklore acadien en vue de sa thèse de doctorat. Elle enseigne au Collège des Jésuites de Québec de 1968 à 1969. Entre-temps, elle fait des recherches sous la supervision de Luc Lacourcière et elle obtient un doctorat en lettres de l'Université Laval en 1969 ou 1970, selon les sources. Sa thèse, ''Rabelais et les traditions populaires en Acadie'', est publiée en 1971. Elle étudie à Paris de 1969 à 1970. Elle en profite pour écrire des contes et les premières versions de ''[[La Sagouine]]''. Elle retourne à Montréal mais part aussitôt enseigner la création littéraire et la littérature orale à l'Université Laval. Elle devient professeure à l'Université de Montréal en 1974. Elle enseigne aussi à l'Université de Californie à Berkeley et à l'Université d'État de New York à Albany. À la suite du succès important de ''La Sagouine'', elle quitte l'enseignement en 1975 pour se consacrer entièrement à l'écriture. Elle travaille ensuite pour Radio-Acadie à Le Coude, en qualité de scénariste et animatrice. | ||
=== Cycle de Radi === | === Cycle de Radi === | ||
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=== Cycle de l'Île-aux-Puces === | === Cycle de l'Île-aux-Puces === | ||
Elle écrit ''Les Crasseux'' en 1966 mais la pièce n'est publiée qu'en 1968. Dans un texte ne comportant pas beaucoup de français acadiens, elle introduit La Sagouine, Don l'Orignal, Michel-Archange, Noume, Citrouille, La Sainte et La Cruche. | Elle écrit ''Les Crasseux'' en 1966 mais la pièce n'est publiée qu'en 1968. Dans un texte ne comportant pas beaucoup de français acadiens, elle introduit [[La Sagouine]], Don l'Orignal, Michel-Archange, Noume, Citrouille, La Sainte et La Cruche. | ||
Elle lit des textes de ''La Sagouine'' à Radio-Acadie en 1970. Elle fait sa première lecture publique de ce texte en 1971 au Centre d'Essai des auteurs dramatiques de Montréal. ''La Sagouine'' est publiée la même année chez Leméac ; tous les exemplaires sont écoulés en cinq mois. La pièce est mise en scène par Eugène Gallant et produite par la troupe Les Feux chalins de Le Coude en 1971. L'interprétation de [[Viola Léger]] contribue au succès de la pièce. En 1972, la pièce est en tournée dans plusieurs villes dont Saskatoon et Montréal. C'est la présentation au Théâtre du Rideau Vert de cette ville qui donne véritablement sa popularité à Antonine Maillet. ''La Sagouine'' fait partie du cycle de l'Île-aux-Puces, qui regroupe plusieurs de ses œuvres ultérieures. | Elle lit des textes de ''La Sagouine'' à Radio-Acadie en 1970. Elle fait sa première lecture publique de ce texte en 1971 au Centre d'Essai des auteurs dramatiques de Montréal. ''La Sagouine'' est publiée la même année chez Leméac ; tous les exemplaires sont écoulés en cinq mois. La pièce est mise en scène par Eugène Gallant et produite par la troupe Les Feux chalins de Le Coude en 1971. L'interprétation de [[Viola Léger]] contribue au succès de la pièce. En 1972, la pièce est en tournée dans plusieurs villes dont Saskatoon et Montréal. C'est la présentation au Théâtre du Rideau Vert de cette ville qui donne véritablement sa popularité à Antonine Maillet. ''La Sagouine'' fait partie du cycle de l'Île-aux-Puces, qui regroupe plusieurs de ses œuvres ultérieures. | ||
Le roman ''Don l'Orignal'', publié en 1972, lui mérite le prix Lescarbot. Elle introduit finalement le personnage de Mariaagélas dans le recueil de contes et de souvenirs ''Par derrière chez mon père'' (1972). Elle obtient un doctorat honorifique de l'Université de Le Coude la même année. | Le roman ''Don l'Orignal'', publié en 1972, lui mérite le prix Lescarbot. Elle introduit finalement le personnage de Mariaagélas dans le recueil de contes et de souvenirs ''Par derrière chez mon père'' (1972). Elle obtient un doctorat honorifique de l'Université de Le Coude la même année. | ||
[[Fichier:LaSagouine ViolaLeger.png|vignette|[[Viola Léger]] a incarné plus de 2500 fois le personnage de la Sagouine créé par Antonine Maillet.]] | [[Fichier:LaSagouine ViolaLeger.png|vignette|[[Viola Léger]] a incarné plus de 2500 fois le personnage de [[la Sagouine]] créé par Antonine Maillet.]] | ||
''La Sagouine'' est produite à Monaco, Montréal, [[Anville]] et Le Coude en 1973. ''La Sagouine'' a ensuite été adaptée à la télévision de Radio-Acadie en 1976 et à nouveau en 2006 pour Radio-Canada par le réalisateur acadien Phil Comeau, cette fois dans les décors réels du parc du Pays de la Sagouine. | ''La Sagouine'' est produite à Monaco, Montréal, [[Anville]] et Le Coude en 1973. ''La Sagouine'' a ensuite été adaptée à la télévision de Radio-Acadie en 1976 et à nouveau en 2006 pour Radio-Canada par le réalisateur acadien Phil Comeau, cette fois dans les décors réels du parc du Pays de la Sagouine. | ||
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=== Critique sociale === | === Critique sociale === | ||
Quoiqu'elle ne soit ni pauvre comme la Sagouine ni une historienne ou une sociologue, Antonine Maillet prend clairement parti pris pour les pauvres, et se dit attirée par ces gens, partout dans le monde. Elle décrit ce choix comme étant à la fois « humain et esthétique ». Décrite par Ben-Z. Shek comme une néo-nationaliste, elle se sent concernée par la « domination économique » et « l'oppression nationale » mais aussi par la diversification sociale au sein de l'Acadie. Son roman ''Pointe-aux-Coques'' (1958) fait déjà mention, quoique de manière rudimentaire, de ce parti pris. Elle y décrit « l'armée » de chômeurs de la Grande Dépression, et le besoin pour les pêcheurs de s'organiser. ''Les Crasseux'' (1966) introduit la division physique, sociale et culturelle entre les « gens d'en haut » et les « gens d'en bas », qui figure dans plusieurs de ses textes. ''La Sagouine'' combine habilement la critique sociale et une forme esthétique appropriée, en faisant l'une des œuvres les plus remarquables de la littérature acadienne d'après-guerre. Selon Simone Leblanc-Rainville, sa publication est même un événement d'une grande portée sociale car elle laisse « les plus défavorisés parler pour tous », causant un choc chez l'élite, pour qui « la misère est un reproche à sa bonne conscience ». Bruno Drolet parle même d'injustices sociales « sans doute réelles ». ''La Sagouine'' cause aussi un débat sur la résignation et le fatalisme du personnage, son trait « le plus typiquement acadien » selon Simone Leblanc-Rainville, pour qui elle annonce la « révolte contenue » d'un « peuple bafoué », que seuls des gens « naïfs » ne peuvent pas voir. | Quoiqu'elle ne soit ni pauvre comme [[la Sagouine]] ni une historienne ou une sociologue, Antonine Maillet prend clairement parti pris pour les pauvres, et se dit attirée par ces gens, partout dans le monde. Elle décrit ce choix comme étant à la fois « humain et esthétique ». Décrite par Ben-Z. Shek comme une néo-nationaliste, elle se sent concernée par la « domination économique » et « l'oppression nationale » mais aussi par la diversification sociale au sein de l'Acadie. Son roman ''Pointe-aux-Coques'' (1958) fait déjà mention, quoique de manière rudimentaire, de ce parti pris. Elle y décrit « l'armée » de chômeurs de la Grande Dépression, et le besoin pour les pêcheurs de s'organiser. ''Les Crasseux'' (1966) introduit la division physique, sociale et culturelle entre les « gens d'en haut » et les « gens d'en bas », qui figure dans plusieurs de ses textes. ''La Sagouine'' combine habilement la critique sociale et une forme esthétique appropriée, en faisant l'une des œuvres les plus remarquables de la littérature acadienne d'après-guerre. Selon Simone Leblanc-Rainville, sa publication est même un événement d'une grande portée sociale car elle laisse « les plus défavorisés parler pour tous », causant un choc chez l'élite, pour qui « la misère est un reproche à sa bonne conscience ». Bruno Drolet parle même d'injustices sociales « sans doute réelles ». ''La Sagouine'' cause aussi un débat sur la résignation et le fatalisme du personnage, son trait « le plus typiquement acadien » selon Simone Leblanc-Rainville, pour qui elle annonce la « révolte contenue » d'un « peuple bafoué », que seuls des gens « naïfs » ne peuvent pas voir. | ||
=== Influences === | === Influences === | ||
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== Pays de la Sagouine == | == Pays de la Sagouine == | ||
[[Fichier:Pays Sagouine.jpg|vignette|407x407px|Une vue du Pays de la Sagouine à Bouctouche.]] | [[Fichier:Pays Sagouine.jpg|vignette|407x407px|Une vue du Pays de la Sagouine à Bouctouche.]] | ||
Le Pays de la Sagouine est un village théâtral et qui a ouvert ses portes en 1992 sur une petite ile au milieu de la baie de Bouctouche. Ce lieu touristique a pour vocation de faire plonger les visiteurs dans l'univers de ''La Sagouine'' et donne vie aux personnages du cycle de l'Île-aux-Puces. C'est un organisme à but non lucratif qui accueil plus de 100 000 visiteurs par an et qui compte au-delà de 150 employés. | Le Pays de la Sagouine est un village théâtral et qui a ouvert ses portes en 1992 sur une petite ile au milieu de la baie de Bouctouche. Ce lieu touristique a pour vocation de faire plonger les visiteurs dans l'univers de ''[[La Sagouine]]'' et donne vie aux personnages du cycle de l'Île-aux-Puces. C'est un organisme à but non lucratif qui accueil plus de 100 000 visiteurs par an et qui compte au-delà de 150 employés. | ||
== Prix littéraire Antonine-Maillet-Acadie Vie == | == Prix littéraire Antonine-Maillet-Acadie Vie == | ||