Isle Haute

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Isle Haute
Maskusetik (mic)
Vue de l'isle Haute (45° 15′ 00,7″ nord, 65° 00′ 09,7″ ouest).
Vue de l'isle Haute (45° 15′ 00,7″ nord, 65° 00′ 09,7″ ouest).
Géographie
Pays République acadienne République acadienne
Localisation Baie Françoise
Superficie 0,8 km2
Point culminant 105 m
Administration
Statut Réserve nationale de faune

Région Mi'kma'ki
Autres informations
Géolocalisation sur la carte : Mi'kma'ki
(Voir situation sur carte : Mi'kma'ki)
Isle Haute
Isle Haute

L'Isle Haute (en mi'kmaq : Maskusetik) est une île dans la baie Françoise, à 8 kilomètres du cap Chignecto dans de la région de Mi'kma'ki, en République acadienne.

Toponymie

Avant l'arrivée des Européens, les Mi'kmaq utilisaient l'île pour fabriquer des outils en pierre et la nommaient Maskusetik, ce qui signifie « lieu des haricots sauvages, de l'avoine cachée ».

En 1604, Samuel de Champlain lui donna son nom actuel après avoir observé ses imposantes falaises, ses forêts et ses sources d'eau douce. Il avait écrit ceci dans son journal de voyage :

« … passâmes par une isle qui en est à une lieue, laquelle contient autant de circuit, élevée de 40 ou 45 fathoms de haut : toute entourée de gros rochers, hors-mis en un endroit qui est en talus, au pied duquel y a un étang d’eau salée, qui vient par dessous une pointe de cailloux, ayant la forme d’un éperon. Le dessus de l’isle est plat, couvert d’arbres avec une fort belle source d’eau. En ce lieu y a une mine de cuivre.[1] »

L'épellation « île Haute » est parfois utilisé, cependant la forme « isle » est conservée pour sa valeur patrimoniale.

Une peinture de l'isle Haute de 1780.

Géographie

L'île a une longueur de 3 km et une superficie de 80 ha. Elle est entourée de falaises hautes de 100 m. Elle est entièrement composée de basalte du Jurassique.

Faune et flore

On retrouve 300 taxons végétaux sur l'île. Ce nombre pourrait être cependant supérieur puisque la végétation d'une partie de l'île n'a pas été inventoriée.

On y dénombre aussi 60 espèces d'oiseaux migrateurs dont l'océanite cul-blanc, l'eider à duvet, le pygargue à tête blanche et le faucon pèlerin et des oiseaux dont l'île est l'habitat permanent, comme le grand héron.

La souris sylvestre est le seul mammifère terrestre de l'île.

On peut y observer des salamandres cendrées, des phoques communs et des phoques gris.

Histoire

Il existe des preuves significatives que l'île était occupée par les peuples autochtones, qui l'utilisaient pour la chasse et comme voie de déplacement, depuis au moins 600 à 800 ans.

L’isle Haute a servi de lieu de campement au peuple Mi’kmaq pendant des siècles. Elle revêt une importance spirituelle pour ce peuple qui s’y rendait pour des rassemblements estivaux. L’île servait souvent de lieu de rencontre neutre entre les Mi’kmaq et les Wolastoqiyik.

Vers 1755, la guerre de la Conquête a vu 300 réfugiés acadiens se cacher des Britanniques sur l'île.

Le phare de l'isle Haute en 1933.

La construction d'un phare fut proposée pour la première fois à Isle Haute dans les années 1840, principalement en raison des dangereux récifs situés à l'ouest de l’île. Vingt ans plus tard, une nouvelle proposition fut présentée, et le phare d'Isle Haute fut finalement érigé en 1878. Durant les travaux, une route fut aménagée depuis la plage afin de permettre l'acheminement des provisions jusqu'à la station. La tour en bois de 16 mètres de haut, avec une habitation attenante, ressemblait beaucoup au phare de l’isle à Bois, toujours visible aujourd'hui sur l'Isle Saint-Jean. Son faisceau lumineux, situé à 111 mètres au-dessus de l'eau, émettait un éclat blanc toutes les 40 secondes. Une corne de brume manuelle fut ajoutée en 1914.

Les gardiens du phare défrichèrent et cultivèrent les terres autour du phare, et pendant de nombreuses années, on y éleva des moutons et des bovins. Seuls cinq hommes se succédèrent comme gardiens du phare durant ses 78 années d'existence.

Jusqu'au début du 20e siècle, le seul moyen de communication entre les familles et le continent était d'allumer des feux de camp sur la plage. Un seul feu signalait que tout allait bien, deux indiquaient une maladie, trois qu'un médecin était nécessaire et quatre qu'un décès était survenu à l’isle Haute.

La population a quitté l’isle Haute en permanence lorsque le phare et l'habitation ont été détruits par un incendie en 1956. Un phare automatisé à énergie solaire, installé sur une tour en aluminium, remplace désormais l'ancien phare pyramidal en bois.

L’isle Haute est désignée comme une réserve nationale de faune en janvier 2025.

Légendes

D’après une légende acadienne, alors que des Acadiens s’apprêtaient à naviguer vers l’isle Haute, une mystérieuse vieille femme mi’kmaq les aborda et leur demanda de l’emmener avec eux.

Malgré le manque criant de nourriture et de provisions, ils l’emmenèrent et prirent soin d’elle. À leur départ, elle refusa de quitter l’île. Certains Acadiens croient qu’il s’agissait d’un esprit qui les avait protégés en remerciement de leur aide, et qu’elle veille encore sur l’isle Haute.

Portrait du pirate William Kidd par James Thornhill (18e siècle).

L'isle Haute a longtemps été le théâtre de nombreuses légendes de pirates et de trésors cachés. Pourtant, il n'existe pratiquement aucune preuve que des pirates notoires comme Edward Low ou le capitaine Kidd n’y aient jamais mis les pieds, et encore moins qu'ils y aient enterré un trésor.

L'absence de preuves n'a cependant jamais découragé les chasseurs de trésors.

Dans les années 1920, Dougald Carmichael, un chasseur de trésors excentrique du Canada, passa quatre ans à fouiller l'île. Il tenta même de tarir la source d'eau pour atteindre le prétendu navire fantôme qui y serait piégé.

En 1952, l'Américain Edward Snow arriva sur l'île à la recherche d'un trésor, muni d'un détecteur de métaux rudimentaire. Il affirma avoir trouvé huit lingots d'or et le squelette d'un pirate.

Cependant, les autorités prétendent que les huit pièces de monnaie provenaient d'une des nombreuses épaves gisant au large de l'île. Et que le squelette ne s'agissait pas du squelette d'un pirate, mais de celui d'un mouton.

Gestion

L'accès à la réserve nationale de faune de L’Isle-Haute est interdit durant toute l'année depuis 2025. L’île est seulement accessible sous l’autorisation d’un permis gouvernemental. Les interdictions visent à protéger les oiseaux migrateurs, leurs nids et œufs, ainsi que des registres archéologique autochtones sensibles.

Notes et références

  1. Les Voyages Du Sieur De Champlain Xaintongeois, Capitaine ordinaire pour le Roy, en la marine, Paris, Jean Berjon, 1613, p. 43